Barack Obama n’est pas au mieux depuis quelques mois. Les choses ne s’arrangent pas, ou pas assez vite, sur le front de l’emploi ; la réforme du système de santé n’aboutit pas malgré le soutien populaire ; les électeurs s’impatientent quand ils ne sont pas déjà déçus, et les thèses anti-impôts anti-État de la droite -incarnées par Sarah Palin, par Fox News, par les Tea Parties- retrouvent de l’audience chez les Américains.
Dans cette tempête, la réaction d’Obama -telle qu’exprimée ce mercredi soir dans son discours sur l’état de l’Union- peut paraître assez décevante: refus du partisianisme et recherche du consensus avec les Républicains, léger attentisme sur la réforme de la santé, baisse d’impôts pour les entreprises au lieu d’un nouveau round de relance keynésienne, retour de la rigueur budgétaire (spending freeze) dans des domaines clés tels que l’éducation, mais pas pour la défense…
Barack Obama a peut-être stratégiquement raison de chercher le compromis avec les Républicains, mais politiquement, ça n’est pas la voie du changement tant attendu ( »A Change We Can Believe In »), pour une raison simple: les Républicains s’opposeront toujours à une extension du rôle de l’État dans la vie économique et sociale. Ils ne voulaient pas d’un vaste plan de relance économique, ni d’une augmentation des impôts pour les plus riches ; ils ne veulent pas d’une grande assurance-santé publique, ni d’une meilleure régulation de la finance, ni d’une législation contraignante sur le climat… Les Républicains veulent avant tout deux choses: moins d’État, moins d’impôts. Qu’importe que l’immense majorité des dépenses publiques se fassent au niveau local et non fédéral ; qu’importe que les inégalités économiques soient en forte augmentation depuis 20 ans et que la reproduction sociale soit plus forte aux États-Unis qu’en Europe ; qu’importe que l’état actuel du marché de l’emploi requiert autre chose que de simples baisses d’impôts…
Mais si les Républicains sont là, et si puissants, médiatiquement, politiquement, idéologiquement, c’est avant tout à cause des électeurs américains. Les lobbys jouent un rôle, qui va d’ailleurs croître à l’avenir, mais le fond du problème reste tout de même lié à la société américaine et à ses électeurs, finalement assez poujadistes pour une bonne partie: leur culte des libertés (notamment économiques, politiques et religieuses) leur fait oublier des choses simples comme le rôle essentiel de l’État comme régulateur, redistributeur, arbitre. Oublier ? Peut-être pas. Peut-être ne l’ont-ils en fait jamais vraiment appris, hormis il y a 70 ans sous Roosevelt pour le New Deal. En tout cas, cela fait sûrement 30 ans qu’aucun Président n’a explicitement proposé un retour de l’État aux Américains.
La gauche américaine espérait que Barack Obama serait le Président du retour de l’État (notamment dans sa version État-Providence) et que la société américaine le suivrait dans cette direction social-démocrate, européenne. Et le plan de relance du début de mandat, assez important, était clairement d’inspiration keynésienne. Mais finalement, un an plus tard, la politique économique de Barack Obama semble plutôt pencher dans l’autre sens, celui du rattachement aux idées néolibérales, presque reaganiennes.
Je ne pense pas que ce revirement de politique économique reflète les convictions de Barack Obama ou de son staff. Je pense plutôt qu’ils y sont contraints car, comme l’a dit le Président dans son discours, « chaque jour à Washington est un jour d’élection » (il le regrette visiblement, et moi aussi). Or le mécontentement des Américains se fait de plus en plus pressant (les sondages et la défaite électorale dans le Massachusetts le montrent): l’exécutif doit donc faire quelque chose. Étant donné que le déficit est déjà très élevé et qu’un nouveau plan de relance serait rejeté par le Congrès, Barack Obama a choisi une voie consensuelle, qui va dans le sens du vent: celle des baisses d’impôts et de la rigueur budgétaire. L’idée que ce changement est en fait surtout symbolique, politique, stratégique, se confirme quand on regarde ce qu’a annoncé Barack Obama lors de son discours: de nouvelles baisses d’impôts, mais faibles, et de la rigueur budgétaire, mais très limitée puisque ses effets ne porteront en réalité que sur 1/5 du budget seulement.
Espérons que ce léger pas de côté ne sera que temporaire et que, sur les questions économiques, sociales, internationales, Barack Obama concrétisera vite ses convictions progressistes, quitte à se heurter à du vent de face.






